Moins connu que l'érable, l'orme ou le genévrier, le micocoulier fait partie de ces essences que l'on rencontre finalement assez peu dans les collections de bonsaï. Et c'est un peu dommage !
Le Celtis possède en effet beaucoup de qualités : il est vigoureux, réagit très bien à la taille, ramifie facilement et supporte plutôt bien la chaleur. Avec les années, son tronc et son écorce gagnent en caractère et lui donnent l'allure d'un véritable vieil arbre miniature.
C'est aussi une essence particulièrement agréable à travailler, car elle évolue assez rapidement. Sur un Celtis en bonne santé, les résultats des tailles et du travail de ramification peuvent être visibles en quelques saisons.
Bref, une essence encore discrète dans le monde du bonsaï, mais qui mérite que l'on s'y intéresse !

Celtis ou micocoulier : de quel arbre parle-t-on ?
Celtis est tout simplement le nom botanique du genre auquel appartiennent les micocouliers.
Il en existe de nombreuses espèces à travers le monde, présentes principalement dans les régions tempérées et chaudes.
Chez nous, le plus connu est certainement le micocoulier de Provence (Celtis australis). Si vous vous promenez dans le sud de la France, vous en avez probablement déjà croisé sans forcément connaître son nom.
C'est un grand arbre que l'on retrouve dans les parcs, le long des rues et dans les paysages méditerranéens. Une fois adulte, il peut former une large couronne et offrir une ombre généreuse.
Dans le monde du bonsaï, on rencontre également le Celtis sinensis, ou micocoulier de Chine, apprécié notamment pour son feuillage et sa capacité à développer une ramification fine.
Selon l'espèce, quelques différences de culture existent, notamment concernant la résistance au froid, mais les Celtis partagent une qualité particulièrement intéressante en bonsaï : ils sont vigoureux.
Un feuillu qui répond bien au travail
C'est probablement ce qui rend le micocoulier aussi agréable à cultiver.
Lorsqu'il est bien installé et en bonne santé, il pousse !
Et en bonsaï, cette vigueur est loin d'être un défaut. Elle permet justement de construire l'arbre.
Une pousse s'allonge, on la laisse se développer suffisamment, puis on la raccourcit. De nouvelles ramifications apparaissent, que l'on travaille à leur tour. Saison après saison, la silhouette s'affine.
Le Celtis possède également une bonne capacité à produire de nouvelles pousses sur le bois. C'est très pratique lorsqu'une branche est mal placée ou lorsqu'on souhaite reconstruire une partie de l'arbre.
Il pardonne ainsi davantage certaines erreurs qu'une essence qui bourgeonne difficilement en arrière.
Cela en fait un bonsaï intéressant pour quelqu'un qui commence à vouloir travailler réellement ses arbres, et pas seulement les maintenir en bonne santé.

Un arbre qui change beaucoup avec l'âge
Un jeune Celtis peut parfois sembler assez simple.
Un tronc relativement lisse, beaucoup de pousses, un feuillage abondant… Il ne présente pas forcément immédiatement le caractère spectaculaire d'un vieux pin ou d'un genévrier travaillé.
Mais il faut lui laisser du temps.
En vieillissant, le tronc s'épaissit, l'écorce évolue et la ramification devient de plus en plus fine.
C'est justement cette évolution qui est intéressante.
On ne choisit pas forcément un Celtis uniquement pour ce qu'il est aujourd'hui, mais aussi pour ce qu'il peut devenir dans cinq, dix ou vingt ans.
Soleil et chaleur : le Celtis n'est pas le plus frileux !
Sur ce point, le micocoulier se distingue assez nettement de certaines autres essences feuillues.
Il aime la lumière et supporte généralement bien le soleil.
Le Celtis australis n'est d'ailleurs pas appelé micocoulier de Provence par hasard : il est naturellement très présent sous le climat méditerranéen.
Au printemps, une exposition bien lumineuse favorisera une croissance vigoureuse et une végétation compacte.
En été, il supportera généralement mieux la chaleur qu'un hêtre ou certains érables.
Cela en fait une essence particulièrement intéressante dans les régions où les étés sont chauds.
Résistant à la sécheresse dans la nature ne veut pas dire sans arrosage en bonsaï
C'est une confusion assez fréquente avec les arbres naturellement adaptés aux climats chauds.
Dans la nature, un micocoulier possède un système racinaire considérable. Ses racines peuvent explorer un volume de terre énorme et aller chercher de l'humidité en profondeur.
Dans un pot à bonsaï, c'est une tout autre histoire.
Ses racines disposent seulement de quelques litres de substrat, parfois beaucoup moins.
Un Celtis installé dans un petit pot en plein soleil peut donc sécher très rapidement pendant une journée d'été.
Même si l'essence supporte bien la chaleur, l'arrosage reste indispensable.
Pendant les périodes les plus chaudes, surveillez quotidiennement le substrat. Lorsqu'il commence à sécher en surface, arrosez abondamment toute la motte jusqu'à ce que l'eau ressorte par les trous de drainage.
Et lors d'une canicule, une deuxième vérification en fin de journée peut être nécessaire.
Le conseil de la pépinière : ne choisissez jamais la fréquence d'arrosage à l'avance. Un bonsaï peut avoir besoin d'eau tous les jours en juillet et beaucoup moins quelques semaines plus tard. C'est le substrat qu'il faut regarder, pas le calendrier.
Une culture qui doit suivre les saisons
Le Celtis reste avant tout un arbre d'extérieur.
Il profite du printemps et de l'été pour pousser, ralentit progressivement avec l'arrivée de l'automne puis entre en repos pendant l'hiver.
Son feuillage étant caduc, il jaunit puis tombe naturellement lorsque les températures diminuent.
Pas d'inquiétude donc si votre micocoulier se retrouve complètement nu : c'est parfaitement normal.
Et c'est même une période particulièrement intéressante pour l'observer.
Sans feuilles, toute la structure apparaît. On découvre alors beaucoup plus facilement les qualités de l'arbre… mais également ses petits défauts !
Branches qui se croisent, départs trop nombreux au même endroit, rameaux poussant vers l'intérieur : l'hiver offre une lecture complètement différente du bonsaï.
Concernant le froid, il faut cependant tenir compte de l'espèce cultivée. Tous les Celtis ne possèdent pas exactement la même rusticité.
Dans tous les cas, les racines d'un arbre cultivé en pot restent plus exposées au gel que celles d'un arbre en pleine terre. Lors des épisodes de froid important et prolongé, une protection du pot est donc préférable.

Tailler un Celtis : laissez-le pousser avant de sortir les ciseaux
Parce que le Celtis pousse vite, on peut facilement être tenté de passer son temps à le tailler pour qu'il reste toujours parfaitement dans sa silhouette.
Ce n'est pas forcément la meilleure solution.
Pour construire une branche, l'arbre a besoin de pousser.
Laisser un rameau s'allonger permet de lui donner de la vigueur et de favoriser son épaississement. On pourra ensuite revenir en arrière avec une taille et sélectionner les nouvelles ramifications.
Le travail dépend évidemment du stade de votre bonsaï.
Sur un jeune arbre en construction, on acceptera beaucoup plus de croissance libre.
Sur un Celtis déjà mature, le travail sera plus précis afin de conserver une ramification fine et une silhouette équilibrée.
Et la taille de structure ?
Lorsque l'arbre a perdu ses feuilles, profitez-en pour prendre un peu de recul.
Avant de couper, regardez votre arbre sous plusieurs angles.
Certaines branches sont-elles trop épaisses par rapport au reste ? Deux branches partent-elles exactement du même endroit ? Une branche traverse-t-elle complètement la silhouette ?
La vigueur du Celtis permet généralement de corriger assez facilement sa structure, mais ce n'est pas une raison pour couper sans projet.
En bonsaï, une branche supprimée en trois secondes peut représenter plusieurs années de croissance !
Ligature : oui, mais gardez un œil dessus
Les jeunes branches du Celtis peuvent être orientées à l'aide de fil de ligature.
La technique fonctionne bien, notamment lorsqu'on souhaite donner du mouvement à une branche encore souple.
En revanche, sa croissance peut être rapide.
Le fil doit donc être contrôlé régulièrement pour éviter qu'il ne commence à s'enfoncer dans l'écorce.
Une bonne partie du travail du micocoulier peut également être réalisée par la taille. Il n'est donc pas indispensable de vouloir tout mettre en forme avec du fil.
Souvent, la combinaison des deux techniques donne un résultat beaucoup plus naturel.
Et sous la terre, que se passe-t-il ?
Parce que l'on regarde principalement le tronc et les branches, on oublie parfois qu'une grande partie de la santé du bonsaï se joue dans son pot.
Le Celtis développe un système racinaire vigoureux.
Sur les jeunes arbres en croissance, le pot peut donc être colonisé relativement rapidement.
Cela ne signifie pas pour autant qu'il faut rempoter chaque printemps.
Lorsque l'eau pénètre toujours correctement dans le substrat, que l'arbre pousse normalement et que les racines ne saturent pas complètement le pot, rien ne presse.
Lorsque le rempotage devient nécessaire, il est généralement effectué au printemps, au moment où les bourgeons commencent à gonfler et avant le développement complet du nouveau feuillage.
Le substrat devra permettre une bonne circulation de l'eau et de l'air autour des racines tout en conservant suffisamment d'humidité pour éviter un dessèchement trop rapide en été.
À la pépinière, nous utilisons notre propre mélange, adapté à notre climat et à notre manière d'arroser. Il n'existe pas forcément un substrat « parfait » valable pour tous les bonsaï et dans toutes les régions.
Un mélange doit aussi être adapté à votre façon de cultiver.
Faut-il beaucoup fertiliser un Celtis ?
Puisqu'il s'agit d'un arbre vigoureux, le Celtis répond bien aux apports d'engrais pendant sa période de croissance.
Mais là encore, tout dépend de ce que vous cherchez à obtenir.
Sur un jeune arbre que l'on souhaite faire grossir et développer, une bonne fertilisation accompagnera sa croissance.
Sur un bonsaï beaucoup plus mature, dont la silhouette est déjà construite, on recherchera davantage l'équilibre afin d'éviter des pousses trop longues et des entre-nœuds importants.
L'engrais est donc un outil de culture, pas simplement quelque chose que l'on donne automatiquement à son bonsaï.
Et surtout, n'utilisez pas davantage d'engrais pour tenter de sauver un arbre qui va mal.
Un problème d'arrosage ou de racines ne sera jamais corrigé en ajoutant une poignée d'engrais.
Un œil sur le feuillage
Le micocoulier est globalement robuste, mais son feuillage peut tout de même attirer quelques visiteurs.
Au printemps, les jeunes pousses tendres peuvent notamment intéresser les pucerons.
Les cochenilles peuvent également apparaître et, lors des périodes particulièrement chaudes et sèches, il faudra surveiller les acariens.
Plutôt que de traiter systématiquement vos arbres, prenez l'habitude de les observer.
Regardez les nouvelles pousses, retournez quelques feuilles, surveillez les changements inhabituels de couleur.
Un problème repéré tôt est presque toujours beaucoup plus facile à gérer.

Mon Celtis a des feuilles jaunes : dois-je m'inquiéter ?
Pas forcément.
En automne, c'est tout simplement son cycle naturel.
En revanche, si les feuilles commencent à jaunir ou tomber massivement en pleine période de croissance, il faut chercher ce qui a changé.
Commencez toujours par les causes les plus simples : le substrat a-t-il complètement séché ? Est-il au contraire constamment détrempé ? L'arbre vient-il de subir plusieurs journées de chaleur intense ? A-t-il été déplacé récemment ?
On cherche parfois une maladie compliquée alors que le problème vient simplement d'un coup de sec quelques jours auparavant.
Le Celtis au fil de l'année
C'est aussi ce que nous aimons avec les bonsaï feuillus : ils ne sont jamais vraiment identiques.
Au printemps, le Celtis se réveille et produit rapidement de nouvelles pousses. C'est une période très dynamique où l'arbre peut évoluer presque de semaine en semaine.
En été, sa couronne devient dense et bien verte. Les tailles permettent de maîtriser sa vigueur et de poursuivre progressivement la construction de la ramification.
Puis arrive l'automne. Le feuillage change de couleur avant de tomber et l'arbre commence doucement sa période de repos.
Enfin, l'hiver dévoile complètement le tronc et les branches.
C'est parfois à cette saison qu'un feuillu est le plus intéressant à regarder. Plus rien ne cache sa structure et tout le travail réalisé au fil des années devient visible.

Alors, pourquoi s'intéresser au micocoulier en bonsaï ?
Parce qu'il change un peu des grands classiques.
Le Celtis n'a peut-être pas la popularité d'un érable japonais ou d'un genévrier, mais il possède énormément de qualités pour le bonsaï.
Sa vigueur permet de le construire et de le faire évoluer assez rapidement. Il répond bien à la taille, développe une belle ramification et apprécie les expositions lumineuses.
Il est également particulièrement intéressant pour les personnes vivant dans des régions aux étés chauds, à condition évidemment de ne jamais négliger son arrosage.
Et pour ceux qui aiment travailler des essences que l'on retrouve dans nos paysages, le micocoulier de Provence possède un charme supplémentaire.
Avec le temps, un arbre qui pouvait sembler assez simple au départ peut développer un tronc puissant, une belle ramification et cette allure de vieil arbre que l'on recherche tant en bonsaï.
Une bonne raison, peut-être, de faire une petite place au Celtis entre deux érables !